Environnement

Sauvages mais pas mauvaises

Il existe dans notre quartier un jardin botanique particulier, exceptionnel par la richesse de sa flore. Il est en libre accès, sept jours sur sept. Selon les saisons, vous pourrez y voir fleurir et fructifier une multitude de plantes Elles ne sont pas aussi spectaculaires que les rosiers, dahlias, iris, bignones ou autres glycines de nos jardins bien proprets. En silence, discrètement mais méthodiquement, elles jouent leur rôle d’aide indispensable aux pollinisateurs dont nous voyons le nombre drastiquement s’effondrer année après année.

Ce jardin secret, pour se dissimuler, a choisi la meilleure des tactiques : il est disséminé, présent aux yeux de tous, qui ne le remarquent pas. Sur nos trottoirs, au pied des arbres, dans les anfractuosités des murs, au fond de la moindre fissure de goudron, elles s’installent et se développent de manière opportune.
Qui connaît la mercuriale annuelle de la rue de la Fourane (implantée ici et pas ailleurs), l’astérolide épineux du chemin du Coton Rouge, le torilis noueux de l’avenue Poncet, le phytolaque d’Amérique de la rue de l’Arc, le cymbalaire des murailles de l’avenue Brossolette, la molène du chemin du Moulin de Testas (cf notre article ici ), le fumeterre officinal de la rue des Thermes, le pariétaire de Judée de la rue Guigou, la centranthe de la rue Jourdan, l’inule visqueuse de l’avenue de l’Arc de Meyran (cf notre article ici ) et j’en passe ?

De G à D et de haut en bas : inule, cymbalaire, fumeterre, centranthe, torilis, astérolide, pariétaire, molène et mercuriale

Au XXème siècle, ces végétaux étaient qualifiés de mauvaises herbes par tout un chacun, de plantes rudérales par les scientifiques ou d’adventices par les agriculteurs.
Brassens chantait « Je suis de la mauvaise herbe, braves gens, braves gens, c’est pas moi qu’on rumine et pas moi que l’on met en gerbe … et je m’demande pourquoi bondieu ça vous dérange que j’vive un peu »
Lorsque nous marchons dans nos rues, baissons un peu les yeux pour constater la riche biodiversité installée sur nos trottoirs, nos murs ou aux pieds de nos arbres.
Bien sûr, il faut se débarrasser de quelques spécimens qui encombrent abusivement la circulation piétonne ou cycliste, ou d’autres qui incommodent de par leur caractère allergisant, mais n’exagérons pas le degré de ce « nettoyage ».

À ce sujet, une campagne de désherbage va se tenir dans les quartiers sud durant les deux mois à venir.
Il a été demandé aux CIQ de faire remonter aux services de la ville les emplacements à traiter.
Il est à craindre que cette opération prenne une tournure pour le moins radicale : le personnel qui va intervenir saura t-il faire la différence pour ne traiter que les végétaux véritablement gênants ?…
Nous ne sommes pas très optimistes à ce sujet. Non, une rue « bien propre » comme un jardin « bien propre » ne sont pas exempts de ces plantes discrètes, indispensables au maintien d’un semblant de biodiversité urbaine.

Si vous êtes intéressé par le sujet, ne manquez pas de vous rapprocher du réseau d’observation et d’information participatives « Tela Botanica » qui propose, entre autres, une opération de recensement « sauvages de ma rue ».

Baissons les yeux vers les sauvages de nos rues et apprenons à les respecter.

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